On me pose la question avec une pointe de méfiance, parfois. Le yoga sur chaise, est-ce vraiment du yoga ? N’est-ce pas une version au rabais, celle qu’on propose quand on ne peut pas faire mieux ?
Ma réponse est nette, et je la donne avant le reste : c’est du yoga, entier, et la chaise n’y retranche rien. Elle y ajoute un appui, comme le font depuis toujours la brique, le mur ou la sangle.
Le même, cela veut dire quelque chose de précis. Les postures que l’on pratique sur la chaise, les asanas, ne sont pas des inventions récentes conçues pour elle. Ce sont les postures du hatha yoga, cette branche posturale dont descendent presque tous les yogas physiques que l’on enseigne aujourd’hui. La chaise ne remplace pas le hatha : elle offre un point d’appui pour aborder ces mêmes postures. On fait du hatha, avec une chaise, comme on en fait avec une brique ou une sangle.
Pour bien le comprendre, il faut savoir d’où vient la chaise. Elle appartient à une famille d’outils que le yoga appelle les accessoires : la brique, la sangle, la couverture, le mur, et la chaise. Leur usage a été mis au point il y a plusieurs décennies dans la tradition Iyengar. B.K.S. Iyengar, l’un des maîtres qui ont porté le yoga en Occident, a passé des années à chercher comment ces appuis pouvaient aider un corps à trouver la forme juste d’une posture. Sa conviction était exigeante : l’accessoire ne facilite pas au sens de la commodité, il sert la justesse du geste, et il ouvre la pratique à des corps qui, sans lui, en resteraient éloignés. La chaise est l’un de ces outils, à égalité avec les autres.
Ce que l’on appelle aujourd’hui yoga sur chaise a été formalisé au début des années quatre-vingt par une enseignante américaine, Lakshmi Voelker. L’histoire de sa naissance dit tout de son esprit. Une de ses élèves, âgée d’une trentaine d’années, est atteinte d’arthrite et ne peut plus descendre au sol. Plutôt que de renoncer, Voelker adapte les postures à la chaise, pour lui donner l’appui qui rend le geste de nouveau juste et sûr.
C’est là ce que la chaise apporte vraiment. Sur elle, on travaille la respiration, la mobilité des articulations, l’attention, la forme juste de la posture. Exactement ce que l’on travaille sur un tapis. L’appui sert l’exigence : il donne au corps le point d’où il peut chercher une posture à la fois stable et confortable, ces deux qualités, sthira et sukha, que Patanjali réunissait il y a deux mille ans pour définir la posture juste. Il ouvre cet accès à tous les corps également, au corps raide comme au corps délié.

Un essai, ce soir, sur une chaise
Installez-vous au bord d’une chaise stable, le dos long, les pieds à plat. Tendez les deux bras devant vous, à hauteur d’épaules, paumes tournées vers le sol.
Ouvrez lentement les mains, doigts écartés, puis fléchissez les poignets pour diriger les paumes vers l’avant, comme pour repousser doucement un mur, doigts vers le haut. Vous sentez l’avant-bras s’étirer. Restez trois respirations calmes.
Puis inversez : laissez les mains retomber, poignets fléchis vers le bas, doigts vers le sol, et sentez l’étirement passer sur le dessus de l’avant-bras. Trois respirations encore.
Enfin, laissez les poignets tourner, plusieurs fois dans un sens, plusieurs fois dans l’autre, sans forcer, en cherchant l’amplitude complète du cercle plutôt que la vitesse.
Reposez les mains sur les cuisses et observez. Les poignets sont souvent plus chauds, plus disponibles qu’avant l’exercice. Ce sont des articulations que l’on sollicite tout le jour sans jamais les mobiliser vraiment, et il suffit de quelques respirations pour leur rendre un peu d’aisance. La chaise n’y est pour rien dans la difficulté, et pour tout dans le confort : elle vous laisse porter toute votre attention sur le geste.
Ce qui se passe en cours
Le yoga sur chaise est l’une des deux formes sous lesquelles j’enseigne. L’autre, le hatha doux, se pratique sur tapis, avec des postures debout, assises et au sol. La chaise, elle, ne descend jamais au sol : c’est le même hatha, la même exigence, sous une forme entièrement assise.
Je l’enseigne deux fois par semaine, le jeudi en salle à Besançon, dans les locaux de l’association TEMPO, et le vendredi en visio, pour pratiquer depuis chez soi. Toute la séance se déroule en assise sur la chaise, sans jamais avoir à s’asseoir au sol ni à s’en relever.
Cela ne veut pas dire qu’on ne fait rien. On mobilise les articulations une à une, on travaille la respiration, on cherche l’allongement de la colonne, l’ouverture des épaules, la rotation du buste. Le corps est à l’ouvrage du début à la fin, simplement il l’est en sécurité, sans l’appréhension de la mise au sol qui arrête tant de personnes avant même d’avoir commencé.
La chaise est un outil de précision, qui rend la posture juste accessible à tous les corps.
Alors, le yoga sur chaise, un yoga au rabais ? C’est l’inverse. C’est un yoga dont chaque geste peut être porté à sa justesse, parce que le corps y trouve l’appui qui lui manquait pour y parvenir. La chaise ne rend pas le yoga plus petit. Elle le rend accessible sans lui rien retirer.
La première séance est offerte, avec le code BIENVENUE. Venez, et prenons le temps.
