Il existe une idée très répandue au moment de pousser la porte d’un cours de yoga, celle qu’il faudrait, pour y avoir sa place, ressembler déjà à quelque chose de précis. Un corps fin et tonique, celui que l’on voit sur les tapis des photographies, tenu dans une posture parfaite. Et comme le sien n’y ressemble pas, on se dit que ce sera pour plus tard, une fois que le corps aura changé, une fois qu’il se sera fait plus léger. On repousse alors l’inscription vers un corps futur, celui que l’on n’a pas encore, en attendant d’être digne de la pratique.
Cette pensée se comprend, tant les images qui entourent le yoga finissent par la souffler d’elles-mêmes. Elle mérite pourtant que l’on s’y arrête, parce qu’elle repose sur une confusion, et que cette confusion éloigne de la pratique les personnes qui en tireraient le plus de bien.
Alors, disons-le nettement. Non, il n’existe pas de corps fait pour le yoga. Il n’y a aucune silhouette à présenter à l’entrée, aucune forme à atteindre avant de commencer. C’est même l’inverse qui est vrai, le yoga ne réclame aucun corps préalable, il part du corps que l’on a, aujourd’hui, tel qu’il se présente. Un corps fort, ample, large, est un corps de yoga entier, au même titre que tous les autres. Non pas toléré, non pas admis malgré lui, mais pleinement à sa place, capable de la pratique dans toute son exigence.
Pour comprendre d’où vient l’idée contraire, il suffit de regarder ce qui se donne à voir du yoga. Depuis des années, une même image revient, un corps jeune, mince et très souple, retenu dans une posture spectaculaire, sur fond de lumière douce. Ces photographies sont souvent belles, et les personnes qui les partagent le font le plus souvent avec sincérité, pour dire quelque chose de leur propre pratique. Ce qui se joue tient plutôt à ce qu’une image peut montrer, et à ce qu’elle laisse forcément de côté. Une photographie saisit une forme et un instant, elle rend mal le souffle, l’attention, la régularité, tout ce qui fait pourtant la matière du yoga. Et lorsque le même type de silhouette revient d’une image à l’autre, l’ensemble finit par ressembler à une définition, alors qu’il ne s’agissait que d’un reflet partiel. La pratique réelle, celle qui se déroule dans une salle, semaine après semaine, est bien plus large que cela.
Ce n’est pas au corps de se rendre digne du yoga, c’est au yoga de rencontrer le corps tel qu’il est.
Le yoga, dans ce qu’il a de plus ancien et de plus sérieux, n’a jamais demandé un type de corps particulier. Il propose un travail, celui de relier le geste, le souffle et l’attention, et ce travail se mène depuis n’importe quelle morphologie. La rigueur d’une pratique ne se mesure pas à la finesse d’une silhouette, elle tient à la constance et à la concentration. Revenir sur le tapis régulièrement, poser son attention sur la respiration, habiter la durée d’une posture, voilà ce qui demande de l’effort, et cet effort n’a aucun rapport avec le poids ou le tour de taille. Un corps volumineux est parfaitement capable de cette rigueur, comme il est capable de la douceur et du plaisir qui l’accompagnent.
Il y a plus. Le volume du corps prend part à la pratique et la façonne. Chaque posture s’ajuste à la personne qui l’explore, on modifie l’écart des appuis, l’amplitude du mouvement, la place laissée au ventre et à la poitrine, et cet ajustement est au cœur même du yoga, qui a toujours consisté à rencontrer le corps là où il est plutôt qu’à le conduire vers une forme unique. Ce qui compte alors est d’habiter ce corps, de sentir le souffle le traverser, de retrouver le plaisir et la vitalité d’une pleine présence à soi.
Un essai pour ce soir
Installez-vous confortablement, sur une chaise ou sur un coussin posé au sol, peu importe, l’essentiel est d’être stable et à l’aise. Laissez le corps se poser, largement. Puis, sur une inspiration lente, ouvrez les bras de chaque côté, jusqu’à sentir la cage thoracique s’élargir et l’air remplir les côtes et le ventre. Restez là un instant, bras ouverts, le regard posé devant vous, puis relâchez doucement sur l’expiration. Recommencez quelques fois, sans hâte.
Ce que cet essai fait sentir est simple. Le souffle a besoin d’espace, et le corps le lui donne, d’autant plus généreusement qu’il est ample. En ouvrant les bras, on occupe la pièce, on prend de la place, et cette place est pleinement la sienne. Respirer largement demande seulement de laisser le corps s’ouvrir. Le corps que l’on a, ce soir, suffit à la pratique, et il suffira demain, exactement tel qu’il est.
Ce qui se passe en cours
Dans les cours de Big Mama Yoga, ce principe se traduit très concrètement, la séance se construit à partir du corps de chaque personne présente. J’accueille chaque personne avec le corps qui est le sien ce jour-là, et c’est lui qui donne la mesure de la pratique, jamais une posture décidée à l’avance.
On n’y trouve ni miroir pour se juger, ni tapis voisin à rattraper, seulement un groupe qui pratique ensemble, où chaque personne avance à sa mesure. Les postures s’ajustent, les appuis se calent, le rythme se choisit, et personne n’a jamais à prouver quoi que ce soit avec sa silhouette.
Deux rendez-vous rythment la semaine. Le yoga sur chaise se pratique le jeudi en salle à Besançon, dans les locaux de l’association TEMPO, et le vendredi en visio. Il se déroule entièrement assis, sans passage debout ni au sol, ce qui l’ouvre à beaucoup de corps et de situations. Le hatha doux, lui, se pratique sur tapis et explore les postures debout, assises et au sol, pour qui souhaite retrouver le contact avec le sol. Dans les deux cas, la première place revient toujours au corps réel, et la pratique se dessine à partir de lui.

Revenons à la question du départ. Y a-t-il un corps fait pour le yoga ? Si l’on entend par là une forme idéale, une silhouette à mériter, alors non, ce corps n’existe pas, et il n’a jamais existé. Mais si la question est de savoir quel corps peut pratiquer, la réponse change entièrement. Le seul corps fait pour le yoga est celui qui s’y met, celui qui pousse la porte, s’installe et respire. C’est le vôtre, tel qu’il est aujourd’hui, sans rien attendre ni rien changer d’abord.
La personne qui hésitait au début, persuadée qu’il fallait d’abord ressembler à autre chose, peut poser cette idée. Le yoga ne l’attend pas plus mince ni plus souple. Il l’attend simplement présente.
La première séance est offerte, avec le code BIENVENUE. Venez, et prenons le temps.
